La taxonomie de Bloom : concevoir et évaluer les apprentissages

Tous les objectifs pédagogiques ne sollicitent pas le même niveau de réflexion. La taxonomie de Bloom aide à distinguer la mémorisation d’une information, sa compréhension, son application et la capacité à l’analyser, à l’évaluer ou à créer une solution nouvelle.

Qu’est-ce que la taxonomie de Bloom ?

La taxonomie de Bloom est un modèle de classification des objectifs d’apprentissage. Elle a été proposée dans les années 1950 par un groupe de chercheurs dirigé par Benjamin Bloom, puis révisée en 2001 par Lorin Anderson et David Krathwohl.

Elle organise les activités cognitives selon six niveaux : mémoriser, comprendre, appliquer, analyser, évaluer et créer. Cette progression aide les formateurs à rédiger des objectifs précis, à choisir des activités adaptées et à construire des évaluations cohérentes avec le niveau réellement attendu.

Connaître une règle n’est pas la même chose que savoir l’utiliser, l’expliquer, la comparer à une autre méthode ou concevoir une nouvelle solution à partir de cette règle.

La version originale et la version révisée

Dans la version originale, les catégories étaient formulées sous forme de noms : connaissance, compréhension, application, analyse, synthèse et évaluation. La version révisée utilise des verbes d’action et place la création au niveau le plus élevé.

Taxonomie originale Taxonomie révisée
Connaissance Mémoriser
Compréhension Comprendre
Application Appliquer
Analyse Analyser
Synthèse Créer
Évaluation Évaluer

Les six niveaux de la taxonomie de Bloom

1

Mémoriser

L’apprenant retrouve une information déjà étudiée : un terme, une définition, une date, une procédure ou une règle. Ce premier niveau est indispensable, mais il ne démontre pas encore que la connaissance peut être utilisée.

Identifier Nommer Définir Énumérer
2

Comprendre

L’apprenant peut reformuler une idée, l’illustrer par un exemple, résumer un contenu ou expliquer une relation. Il ne se contente plus de répéter : il donne du sens à l’information.

Expliquer Résumer Illustrer Classer
3

Appliquer

L’apprenant mobilise une règle, une méthode ou une procédure dans une situation concrète. Il montre qu’il sait transformer une connaissance en action.

Utiliser Exécuter Calculer Mettre en œuvre
4

Analyser

L’apprenant décompose une situation, repère ses éléments, établit des liens, compare des méthodes ou recherche les causes d’un problème. Il comprend la structure du sujet étudié.

Comparer Distinguer Organiser Diagnostiquer
5

Évaluer

L’apprenant formule un jugement à partir de critères explicites. Il peut contrôler une démarche, argumenter un choix, apprécier la qualité d’un résultat ou sélectionner la solution la plus adaptée.

Justifier Contrôler Critiquer Prioriser
6

Créer

L’apprenant assemble des connaissances et des compétences pour produire quelque chose de nouveau : un projet, un protocole, une stratégie, un outil ou une solution originale.

Concevoir Produire Planifier Développer

Exemple : apprendre à utiliser un ordinateur

La taxonomie de Bloom permet de décliner une même thématique en objectifs progressivement plus exigeants. Prenons l’exemple de l’utilisation générale d’un ordinateur sous Windows.

Niveau Exemple d’objectif ou de question
Mémoriser Nommer les principaux types de fichiers et reconnaître leur extension.
Comprendre Expliquer la différence entre un fichier, un dossier et un raccourci.
Appliquer Créer un dossier, télécharger un document et le déplacer au bon endroit.
Analyser Identifier la cause probable d’un fichier introuvable ou impossible à ouvrir.
Évaluer Choisir la méthode la plus sûre pour partager un document contenant des données sensibles.
Créer Concevoir une organisation de dossiers adaptée à une activité professionnelle.

Comment rédiger un objectif pédagogique avec Bloom ?

Un bon objectif pédagogique décrit une action observable. Il évite les formulations vagues comme « connaître », « maîtriser » ou « être sensibilisé » lorsqu’elles ne précisent pas ce que l’apprenant devra réellement faire.

Partir d’un verbe d’action

Le verbe doit correspondre au niveau cognitif recherché. « Citer les étapes » relève de la mémorisation, tandis que « réaliser les étapes dans une situation réelle » relève de l’application.

Nommer Expliquer Réaliser Comparer Justifier Concevoir

Préciser les conditions

L’objectif peut indiquer le contexte, les outils disponibles et le degré d’autonomie attendu : avec une fiche d’aide, sans assistance, dans un délai donné ou face à une situation inhabituelle.

Définir un critère de réussite

Il faut enfin préciser ce qui permettra de considérer l’objectif atteint : absence d’erreur, respect du protocole, argumentation pertinente, délai respecté ou production conforme à un cahier des charges.

Formule utile : « À l’issue de la formation, le participant sera capable de [verbe d’action] [objet] [dans quelles conditions] [selon quel critère]. »

Construire une évaluation cohérente

L’évaluation doit vérifier le niveau annoncé dans l’objectif. Une question à choix multiple peut convenir pour reconnaître une définition, mais elle ne suffit généralement pas à démontrer qu’une personne sait réaliser une tâche, analyser un problème ou créer une solution.

Niveau visé Modalités d’évaluation possibles
Mémoriser QCM, association, définition, rappel de procédure.
Comprendre Reformulation, classement, explication, exemple commenté.
Appliquer Mise en situation, exercice pratique, démonstration.
Analyser Étude de cas, diagnostic, comparaison de solutions.
Évaluer Argumentation, audit, critique structurée, choix justifié.
Créer Projet, production, plan d’action, conception d’un protocole.

Taxonomie de Bloom et évaluation des compétences

La taxonomie de Bloom porte principalement sur les processus cognitifs. Une compétence professionnelle comprend cependant d’autres dimensions : gestes techniques, autonomie, communication, respect des règles, capacité d’adaptation et comportement en situation réelle.

Bloom est donc particulièrement utile pour préciser la complexité d’un objectif ou d’une question, mais il doit être associé à des critères professionnels observables. Une grille peut par exemple vérifier à la fois la connaissance d’un protocole, sa bonne exécution et la capacité à réagir face à une anomalie.

Les erreurs fréquentes à éviter

Considérer les six niveaux comme une progression obligatoire

Une formation n’a pas nécessairement besoin d’atteindre le niveau « créer ». Le niveau pertinent dépend du métier, de l’objectif et de l’autonomie attendue.

Choisir un verbe sans vérifier la tâche réelle

Un même verbe peut être interprété de plusieurs façons. Le contexte et le critère de réussite sont indispensables pour rendre l’objectif non ambigu.

Évaluer uniquement les connaissances

Une évaluation composée seulement de questions de mémorisation risque de surestimer la capacité à agir. Il est souvent nécessaire d’intégrer des mises en situation, des études de cas ou des productions concrètes.

À retenir

La taxonomie révisée de Bloom distingue six niveaux : mémoriser, comprendre, appliquer, analyser, évaluer et créer. Elle aide à formuler des objectifs précis, à varier les activités pédagogiques et à choisir des modalités d’évaluation adaptées.

Pour être pleinement utile dans l’évaluation des compétences, elle doit être associée à des comportements observables, à des conditions de réalisation et à des critères de réussite clairement définis.

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Sources

  • Benjamin S. Bloom et collaborateurs, Taxonomy of Educational Objectives: The Classification of Educational Goals, 1956.
  • Lorin W. Anderson et David R. Krathwohl, A Taxonomy for Learning, Teaching, and Assessing: A Revision of Bloom’s Taxonomy of Educational Objectives, 2001.